Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Le Premier qui pleure a perdu

Junior sait que s’il veut une chance, c’est à lui d’aller la chercher hors de la réserve, parmi les riches élèves blanc du lycée Reardan.

Il affronte cette nouvelle vie (plus assez indien, pas assez blanc) comme il a toujours vécu : avec optimisme, son humour et ses dessins.

Avant de sortir de la réserve, il est déjà le souffre douleur. Devenu traître pour avoir voulu partir, les choses ne s’arrangent pas. D’autant plus qu’au lycée, il sort du lot. Un Indien parmi ces riches blancs, c’est du jamais vu. Pas d’inquiétude : il retrouve rapidement sa place d’invisible, d’insignifiant, pour ses camarades comme ses professeurs.

Voilà un roman fort intéressant, qui parle d’intégration, d’assimilation, de méfiance et de rejet. Junior nous offre le point de vue d’un étranger en son propre pays, à qui peu de chances sont offertes, qui possède une profonde tendresse pour les siens, tous ceux de la réserve, pas toujours tendre car c’est ainsi que les choses se font ici. Il les aime mais reste conscient de leurs faiblesses, de ce manque d’espoir transmis de génération en génération.

Le regard des Blancs sur lui et les siens est blessant.

Il n’emploie jamais le mot racisme, mais c’est pourtant ce qu’il vit. Un racisme intériorisé, pour les Blancs comme les Indiens : un garçon de la réserve qui réussi, dans les écoles alentours, cela ne se voit pas. Il y a comme un lâcher-prise chez ceux de la réserve, qui se contentent de perpétuer le modèle de leurs parents, pauvres nés de pauvres, nés d’encore plus pauvres qu’eux.

Il parle aussi des missions de ceux qui se considèrent en hommes blancs bienveillants venus sortir l’indien de son mode de vie, cherchant à casser leur culture et à gommer les différences.

Ce roman a fait couler beaucoup d’encre aux Etats Unis, pour son vocabulaire parfois cru, les vérités que le narrateur affirme (oui ! il le dit : il se masturbe ! cachez ce mot que l’on ne saurait mettre sous les yeux des enfants innocents) sans qu’il ne le montre non plus. Au delà de ça, il y a cette vision du monde américain, toujours peu ouvert aux différences loin des grandes villes, où le nouveau est étrange, effrayant ou en dessous de toute considération. C’est une découverte aussi d’un autre mode de vie, de coutumes anciennes parfois conservées, parfois assimilées, parfois écrasées par ce que l’européen en explorateur éclairé et évangélique a jugé préférable. On découvre les indiens d’aujourd’hui, confinés dans leurs réserves, loin des clichés appris à l’école des indiens du far west, temps depuis longtemps révolu.

Junior est réaliste, optimiste, et aborde la vie avec espoir malgré tout. Il ne laisse pas les a priori des jeunes de son âge l’arrêter, réussi même à trouver sa place parmi eux.

L’histoire est tour à tour dure, triste, drôle, éprouvante. Toujours avec un ton juste et une écriture vivante.

Le Premier qui pleure a perdu
Sherman Alexie
Albin Michel, 2008
(Wiz)

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Cette entrée a été publiée le 15 octobre 2014 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , , .
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