Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Les Anges de l’abîme

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir un monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

– Friedrich Nietzsche

Pour Alice, l’arrivée dans la petite ville tranquille de Fjärlunda est une nouvelle fuite. Sa rencontre avec Molly Zetterholm, une enseignante à l’oreille attentive et autour de qui Hannes et Samira gravitent, change tout. Molly est une chance de se reconstruire, de prendre les commandes. Un guide. Pour ceux qui comme elle ont regardé vers l’abîme, il est temps de prendre les devants pour que les monstres reçoivent leur justice…

Il y a les monstres de romans, les monstres de cinéma, des monstres fantastiques et horrifiants. Et il y a les autres. Réels, humains, dont les actions détruisent des vies. Qui obligent à se cacher, plongent une vie dans la peur, font perdre tout contrôle sur son destin.

Alice espérait seulement trouver un peu de stabilité dans sa vie pour son un nouveau départ à Fjärlunda, après avoir tout quitté plusieurs fois. Elle découvre à la place un groupe soudé : les Anges de l’abîme. Un groupe pour ceux qui comme elle ont une revanche à prendre sur ceux qui les ont blessés et que la justice n’a pas su punir. Derrière la façade d’une ville tranquille se cachent des démons à figure humaine qui usent de l’anonymat des claviers pour étendre leurs filets. Quand la peur paralyse, que le mal devient commun et que les preuves manquent, les monstres sont libres d’agir.

Les Anges de l’abîme, dont on découvre rapidement la mission, ont quelque chose de jouissif. Ils prennent leur revanche face à ces adultes impuissants, face au système judiciaire défaillant, qui n’ont su les protéger. Les victimes qui reprennent le pouvoir et le contrôle sur leur vie en arrêtant eux-mêmes les monstres. Qui n’en a pas rêvé ? Et c’est une revanche, et pas une vengeance – la différence est importante. Mais les plans, même les mieux préparés, ne suivent pas toujours le chemin que l’on attendait. Et bientôt, voilà Alice, Samira et Hannes entraînés dans une histoire dont les ramifications les dépassent, et pourrait bien les mettre tous en danger.

Le départ de ce roman est brutal et donne de suite le ton. Une jeune fille, un besoin de reconnaissance, une oreille attentive et une confiance brisée. Le rythme entraînant et l’ambiance sombre de l’histoire sont posés.

Pas de faux vrais méchants, pas d’archétypes, simplement des humains dans ce qu’ils peuvent avoir de plus sordide. Pas de héros non plus, mais des adolescents, qui ont peur, qui tentent de se reconstruire à leur manière et continuent de s’imaginer. Des survivants d’épreuves terribles mais réelles.

Voilà un polar prenant, digne des plus grands auteurs nordiques. Pas une minute de répit pour le lecteur qui découvre l’ampleur de l’horreur humaine au fil des rebondissement. Le sujet, de base, n’est pas aisé. Et Magnus Nordin n’épargne pas ses lecteurs. Alice nous entraîne entièrement dans son histoire, et on ne peut la quitter sans savoir où elle va nous mener.

C’est un véritable coup de coeur pour moi, tant dans l’écriture, dans le rythme du récit, dans son découpage, que dans le sujet. Magnus Nordin est un auteur que je me plairai à relire. Et Les Anges de l’abîme est une histoire qui m’a marquée et va me rester.

Les Anges de l’abîme
Magnus Nordin
Rouergue, 2014
(DoAdo noir)

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