Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

La Dose

Dans un monde sans avenir, ou la fracture sociale est tirée à l’extrême, c’est toute une génération qui a perdu le sens de la vie. Le Raid, une nouvelle drogue, fait fureur. Elle garantit une semaine de pure folie… inévitablement suivie par la mort. Adam à tout perdu. Son frère, sa copine, et toute chance d’un futur. Une semaine mémorable pour achever sans regrets et en beauté sa vie, et accomplir tous ses désirs sans modération… Il n’a plus rien à perdre, non ?

Melvin Burgess signe ici un roman impressionnant, un futur d’une noirceur glaçante.

Imaginez que vous n’avez aucun espoir, comme l’ensemble de la population autour de vous. Que votre vie s’effondre. Et que l’on vous propose une sortie en beauté : 7 jours, 168 heures de bonheur assuré, et le monde à vos pieds. Que feriez vous ? La réponse qu’offre La Dose est violente et sans limite. Des bucket list – listes de choses à réaliser avant de mourir – se remplissent de souhaits impossibles. Coucher avec le plus grand nombre. Laisser une descendance. Accomplir quelque chose. Tuer quelqu’un. Devenir riche par tous les moyens. Et des centaines, des milliers de personnes sans limites qui s’élancent dans les rues à la recherche du bonheur immédiat. C’est le chaos, un chaos profitable à l’organisation derrière la production de cette drogue miracle, et une aubaine pour le mouvement révolutionnaire des Zélotes.

Adam n’est pas un méchant bougre. Personnage principal de La Dose, il n’est pas un héros. Juste un ados comme un autre, qui a la malchance de faire partie de la classe pauvre et sans futur de la population, dans un monde où la fracture entre les riches et le reste du monde est infranchissable. Il voudrait être quelqu’un, coucher avec sa copine, être riche. Il vit dans le moment, ne pense pas aux conséquences de ses actes, encore moins à leur impact pour son entourage. L’égoïsme et l’égocentrisme de l’adolescence. Lizzie veut exister autrement que ses parents, cherche mieux que ce mieux que ce monde d’apparences, trouver quelque chose qui compte vraiment. Elle se retrouve embarquée dans sa descente aux enfers, incapable de dire non a ce condamné à mort, par empathie et la culpabilité mal
placée des survivants.

Le récit de leurs choix, du concert où tout bascule jusqu’à la fin, m’a tour à tour fascinée et horrifiée. Fascinée par cette génération perdue, le monde qui les entoure, les adultes absents du récit et la pression sociale qui s’exerce sur chacun. Horrifiée de la violence, de l’égoïsme exacerbé par l’absence de risque
et la perte des repères sociaux que la mort programmée provoque. Comme
si l’absence de futur délitait tous les liens avec les autres et que la
conscience de l’existence de l’autre ne pouvait tenir qu’à la condition
d’avoir quelque chose à perdre…

Un roman très prenant, un page-turner qui a soulevé beaucoup d’émotions contradictoires et m’a fait passé un bon moment de lecture.

La Dose
Melvin Burgess
Gallimard, 2014
(Scripto)

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