Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Le Passeur

Jonas vit dans un monde parfaitement bien ordonné. Ni la faim, ni la tristesse, ni la douleur n’y ont leur place. Ils ne connaissent ni inégalité, ni famine, ni révolte. La précision est le mot d’ordre. Et ainsi chacun, à l’âge de 12 ans, trouve sa place : une place choisie pour eux, convenant au mieux à leur personnalité et aux besoins de la Communauté.

Jonas ignore quel poste lui est destiné. Le jour de la cérémonie des 12 ans approche. Il ne le sait pas encore, mais un rôle unique l’attend. Un rôle sur lequel repose la sérénité de toute la Communauté. Un rôle qui pourrait bien le détruire.

J’ai essayé un nombre incalculable de fois de parler de ce roman. De le présenter sans trop en révéler, pour que le lecteur qui le découvre pour la première fois entre dans sa lecture avec un esprit vierge. Pour qu’il découvre par lui-même tous les aspects de ce monde utopique, la mince frontière entre un monde propre et parfait, et la répression. Et le subtile basculement de l’un à l’autre.

J’ai tenté d’écrire une critique sur Le Passeur en commençant ce blog. Je l’ai repris en apprenant la sortie prochaine du film, et du quatrième volet de cet univers. Je l’ai relu pour le 2014 reading challenge (catégorie : Un livre de mon enfance), en espérant que cette fois serait la bonne.

Le Passeur n’a rien à voir avec les dystopies actuelles à succès, Hunger Games, Divergente, Nox, et j’en passe et des meilleures. Toutes ont en commun de présenter une société réorganisée autour d’un projet idyllique, qui a rapidement sombré dans la corruption ; l’inégalité des castes est apparente, si non pour le héros, au moins pour le lecteur, et ce dès les premières pages. Ce sont des romans de révolte, de résistance. Pas ce roman. Le Passeur se concentre sur la présentation de ce monde idyllique dans lequel évolue Jonas, à travers son impatience à la veille de la cérémonie de ses 12 ans, sa peur de ne pas recevoir d’attribution, son impatience aussi. Les aspects négatifs de la société dans laquelle il vit ne sont pas apparent au premier abord. Ni au second.

L’organisation cadrée de la société fonctionne. Il n’y a pas de souffrance, pas de lutte de pouvoir. Une égale répartition des ressources. Rien qui ne puisse justifier une quelconque jalousie. Chaque cellule familiale possède le même nombre d’individus. Le contrôle strict des naissances assurant qu’aucune surpopulation vienne déséquilibrer le partage des ressources. Chacun est traité équitablement, recevant la même formation, la même
éducation, possédant les mêmes chances de réussite. Personne ne choisi
son rôle, certes, mais tous reçoivent le métier correspondant au mieux à
leurs intérêts et à leur personnalité propre.

A bien y regarder, ce contrôle ne fait qu’assurer une population heureuse, égale, où chaque fonction est importante et respectée pour ce qu’elle apporte à la Communauté. Jonas, comme tous ceux des siens, n’y voit rien à redire.

Il faut du temps pour que les rouages derrière cette perfection soient visibles. Il faudra à Jonas découvrir ce qui existait Ailleurs, Avant. Le lot des peines et douleurs qui ne sont plus, les animaux et montagne disparues. Ce que la mémoire collective a sciemment oublié, et que tout autre ignore : il faut des choix pour vivre vraiment, et les choix du passé ont peut être fait plus qu’aseptiser leur monde…

Ce roman de Lois Lowry est pour moi son meilleur et le plus fort, tant dans sa narration que dans ce qu’il nous montre de l’être humain. Il décrit à la perfection une société où l’égalité a piétiné l’équité et réduit l’humain au produit d’un moule très cadré. Parce que le monde qu’il nous présente est parfait, mis à part quelques éléments dissonants introduits par petite touche, il nous faut du temps pour en apercevoir les imperfections, et il faut attendre beaucoup pour qu’en nous sonne la révolte…

Un roman prenant, instructif, impossible à lâcher avant la fin. A mettre entre toutes les mains !

Le Passeur
Lois Lowry
L’Ecole des Loisirs, 1994 & 2011
(Médium)

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Un commentaire sur “Le Passeur

  1. Pingback: Bilan 2015 reading challenge #2 | Arcanes Ouvertes

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Cette entrée a été publiée le 16 avril 2015 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , .
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