Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Si loin de Kaboul

Début du nouveau millénaire. Pour la famille de Fadi, l’Afghanistan n’est plus sûre. Il y a le danger constant, la nourriture qui commence à se raréfier, la santé de la mère qui décline et aucun médecin pour la soigner. Et les Talibans, qui risquent à tout moment de venir chercher leur père, pour l’enrôler… ou pire. Toute la famille s’apprête à quitter le pays pour les États-Unis. Mais au moment de quitter la frontière, le drame : la petite Mariam lâche sa main et reste là, sur la route, pendant que le camion accélère vers la frontière, loin des milices armées. Il lui faut vivre avec l’absence, la culpabilité écrasante. Et l’espoir de trouver un passage retour jusqu’à sa petite soeur qui les attends, si loin d’eux.

De l’Afghanistan, nous ne connaissons que peu de choses. Des nouvelles terribles, glanées par les médias. De sa culture, de ses habitants, de leur vie, nous ignorons tout. Un pays à l’histoire mouvementée, souvent envahie, qui toujours s’est relevée.

On entre dans la famille de Fadi à l’aube de leur grand départ, un départ nécessaire pour leur liberté et leur vie – un départ qui commence mal, avec la petite dernière laissée sur place, perdue dans la fuite chaotique. Un drame absolument terrible pour chacun d’entre eux, la faute à personne, mais une culpabilité qu’ils ressentent tous. Nous les retrouvons quelques mois plus tard, un peu perdus, terriblement inquiets, en Amérique, où leur père ingénieur agronome gagne le pain de sa famille en conduisant son taxi.

L’année scolaire a commencé, nous sommes en automne 2001.

Si loin de Kaboul est un beau roman, qui traite d’un sujet peu évident – l’émigration, du point de vue d’un jeune migrant. Mais pas seulement. C’est aussi la culpabilité. L’obligation de continuer à vivre, malgré tout. La difficulté de s’intégrer. Le manque de considération. Et à la suite du 11 septembre, le regard des autres, qui n’est plus le même.

Ce roman est ancré dans une culture et un contexte historique bien particulier. Beaucoup de références historiques des 15-20 dernières années que les jeunes lecteurs à qui l’histoire est destinée n’auront peut-être pas en tête. Je suis d’une génération qui se souvient d’où elle se trouvait au moment où les deux tours sont tombées, qui a connu l’avant et l’après – une marque que n’auront peut être pas les plus jeunes. Heureusement, N. H. Senzai restitue bien le contexte historique, et pas seulement du point de vue américain, mais du point de vue afghan et émigré.

A côté de ce contexte historique, c’est une histoire touchante, où émotions, découvertes, vie quotidienne et morceaux d’histoire sont au rendez-vous. A découvrir.

Si loin de Kaboul
N.H. Senzai
Magnard jeunesse, 2015

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Cette entrée a été publiée le 6 janvier 2016 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , , .
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