Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Robin des graffs

On a d’un côté le graffeur. Sam, un jeune un peu perdu, un peu seul, qui partage son temps entre la chorale des sans abris, son travail auprès d’une personne âgée, et ses virées nocturnes sur les toits de Paris. Il y a Bonnie-la-rebelle, une fugueuse de 6 ans qui déjoue l’attention des chevaliers et s’entiche de ce jeune homme. Il y a aussi la capitaine Nora Laval, qui doit jongler entre les demandes des supérieurs, trouver ce mystérieux graffeur qui fait la risée de la police, et retrouver la gamine disparue dans le commissariat même avant qu’il ne lui arrive quelque chose. Le jeune policier très sûr de ses propres capacités, et incapable de se remettre en cause comme de voir ses erreurs – qui s’estime, avec son badge de policier, comme au dessus de la masse. Benjamin, que sa compagne délaisse pour son travail.

C’est tout un éventail de personnages et de caractères très différents que l’on rencontre et qui se croisent dans ce roman chorale de Muriel Zürcher. Sam, notre héros principal, est un robin des bois au grand coeur. Il ne vole pas, mais il s’envolerait presque entre les toitures de la ville, traçant de ses bombes de couleurs des fresques animalières saisissantes. Il n’avait en aucun cas prévu de se retrouver avec une petite sur le dos, bien décidée à ne pas se faire abandonner encore une fois – cause que sa mère, elle est morte, et le foyer, c’est pas trop son truc. Lui ne peut plus l’abandonner (et elle ne le laisserait pas faire), sans risquer de la mettre en danger ou de mettre un terme à ses propres projets. On essaye de comprendre ses projets, qui il est et ce qui l’anime. On tremble de le voir arrêter ; on s’inquiète du futur qui attend la petite. Et les pages tournent et tournent.

On s’attache tour à tour à chacun d’entre eux, qu’on les suive pendant des pages ou qu’on les croises seulement le temps de quelque mots. Chacun des personnages que l’on rencontre à quelque chose à nous apporter, et chacun offre quelque chose aux autres en retour.

Ce fut une drôle d’expérience, que de se mettre à la place de certains personnages ; le policier El Lokhi entre autres, qui m’est antipathique, à se croire supérieur aux autres par sa place sociale, avec son besoin de se sentir meilleur, sa difficulté à écouter sa chef, simplement parce qu’elle est une femme – et si celle-ci lui fait des réflexions, elles ne sont jamais méritées mais la marque des ses faiblesses à elle. Mais il n’est pas un personnage sans profondeur pour autant.

C’est aussi une découverte d’un Paris alternatif, un pieds à côté des codes, du confort de la masse. Une autre population que l’on tend à oublier, qui vit autrement. Et aussi un fait de société dont je n’avais absolument jamais entendu parler, un événement culturel réalisé par un groupe clandestin dont l’histoire me passionne. Mais je n’en dit pas plus – ce n’est qu’une intrigue secondaire de ce roman, un détail même, qui rend l’histoire encore plus “relevée”, et attisera peut-être pour vous aussi votre curiosité.

C’est une très belle découverte, tant dans l’histoire que dans l’écriture !

 

Robin des graffs
Muriel Zürcher
Editions Thierry Magnier, 2016
(Roman)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 15 mars 2016 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , .
Follow Arcanes Ouvertes on WordPress.com
%d blogueurs aiment cette page :