Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Les Sous-vivants

Dans un monde en ruine, où la nature a repris ses droits sur les constructions de l’homme, quelques tribus subsistent sous les rayons meurtriers du soleil. Famine et maladie font partie du quotidien de Soria, fille du chef de la tribu d’Ilesite. Quand celui-ci ne revient pas d’un périple hors des frontières d’Ilesite, le jeune fille décide de braver l’inconnu pour le retrouver. Même si pour cela elle doit affronter les ferhoms, créatures nocturnes impitoyables qu’on n’ose évoquer.

Sous terre, dans la communauté des Hommes-Vrais, Tigdal espère le jour où il deviendra à son tour un Pur, loin du mépris de ses camarades.

J’avais eu un avis plutôt mitigé pour CIEL 1.0, précédente série de l’auteur. Trop de personnages pas assez approfondis, une évolution trop rapide des événements pour que je m’y attache vraiment.

Avec Les Sous-Vivants, je suis conquise.

L’écriture m’est plus agréable, plus développée, je prends plaisir à découvrir ce Paris du futur et cette humanité qui a bien changé. Combien de temps ont passé depuis la fin de notre ère ? Depuis que le soleil est devenu l’ennemi des hommes ? Des siècles, des millénaires peut être. Ce qu’il reste de l’humanité est méconnaissable, on s’en rend compte petit à petit. Pire : elle est divisée, et ne reconnaît plus dans l’autre moitié des frères et soeurs.

Il y a ceux de la surface, des groupes d’hommes affamés, qui ont pris les constructions humaines aux fonctionnalités longtemps oubliées comme abris. Les plus familiers de Paris reconnaîtront Notre-Dame, l’Ile de la Cité et leurs alentours dans les lieux de résidence des tribus. Eux respectent des coutumes anciennes et une organisation partagée du travail pour survivre.

Et il y a ceux d’en dessous, formés, conditionnés selon une hiérarchie forte, pour qui l’extérieur est peuplé d’êtres sauvages. Les règles sont strictes, et gare à ceux qui s’écarteraient du chemin.

Entre les deux, que l’on visite tour à tour, des récits, des légendes, qui tentent d’ordonner le monde et d’expliquer la vie – imaginatifs, poétiques, et plein de sens.

Ce roman est fort et envoûtant ; difficile à quitter. Car pour nous, qui avons la vision de ces deux mondes en plus du notre, ce futur est cauchemardesque. Comment a-t-on pu en arriver là ? Par quel processus, par qu’elles décisions ?

Ce roman interroge sans jamais le dire la différence, l’autre, et une question essentielle : qu’est ce qui fait l’humanité, et selon quels critères ?

Il y aurait encore d’autres choses à dire, mais que je ne peux aborder sans dévoiler des morceaux de l’intrigue. Et je n’ai même pas évoqué les personnages ! (que j’aime beaucoup).

Un roman intelligent, différents des dystopies les plus populaires de ces dernières années, au récit prenant.

Qui évoque aussi, en parlant du futur, d’un passé pas si lointain et peu glorieux : les colonies, l’eugénisme, cette idée que certains hommes n’avaient pas d’âme, que la couleur de peau, les différences génétiques étaient signes d’une différence d’intelligence…

La seconde guerre mondiale s’est achevée il n’y a que soixante-dix ans ; la ségrégation depuis encore moins longtemps. Et le racisme est loin d’être éradiqué.

Les Sous-vivants
Johan Heliot
Seuil, 2016

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Cette entrée a été publiée le 3 avril 2016 par dans Critiques, et est taguée , , , , , .
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