Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Auteures, autrices, femmes de lettres : on en parle !

Lorsque j’ai voulu me lancer dans le Challenge voix d’auteures en janvier dernier, c’était partant d’un constat : les femmes manquent cruellement au palmarès des écrivains étudiés au lycée.

Je ne l’avais pas remarqué à l’époque où je passais mon bac. Je n’étais alors pas aussi sensibilisée aux questions de féminisme, de genre et de diversité, de représentation dans les médias ; mais cet excellent article de Diglee – datant d’avril 2015, qui m’avait ouvert les yeux sur l’absence des femmes dans les programmes scolaires.

Depuis, les choses n’ont malheureusement pas changé : annoncé pour 2017, c’est André Gide qui vient compléter le duo d’oeuvres  au programme, à la suite de Gustave Flaubert.

(petit rappel pour ceux qui comme moi n’ont pas gardé l’oeil sur les programmes scolaires des années précédentes : il y avait Sophocle et Gustave Flaubert pour l’année scolaire 2015-2016, Gustave Flaubert  et Paul Éluard pour 2014-2015 et Paul Éluard et Musset pour 2013-2014).

Malgré tout, les choses bougent, l’absence des femmes commence à faire du bruit !

Petit retour en arrière :

Eté 2014, une pétition à destination de Benoît Hamon, alors ministre de l’Education Nationale, était lancée à l’initiative d’Ariane Baillon, Bordelaise de 17 ans, regrettant la quasi absence de femmes philosophes parmi les auteurs au programme (Hannah Arendt étant la seule exception)

Avril 2016, c’est cette fois Françoise Cahen, une enseignante en colère qui fait bouger les choses, en lançant une nouvelle pétition, pour que peut-être enfin, après 20 ans, une auteure fasse partie du programme :

« Mais jamais une auteure femme n’a été au programme de littérature en terminale L. Nous ne demandons pas la parité entre artistes hommes et femmes. Nous aimerions que les grandes écrivaines comme  Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux,  Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé… soient aussi régulièrement un objet d’étude pour nos élèves. A un type de classe composé en majorité de filles et des profs de lettres qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on faire passer?  Avec Bonnefoy, Jaccottet, Quignard, la littérature contemporaine a souvent été à l’honneur. Mais avec de bons chromosomes Y.

[…]A nouveau, nous protestons donc, à la suite de cette lycéenne dont nous renouvelons l’appel, contre le sexisme latent de ces programmes. Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé et les autres ne sont pas spécialement intéressantes parce qu’elles sont des femmes, mais elles méritent d’être étudiées pour ce qu’elles ont apporté d’essentiel à la littérature et à la société. »

 

Cette pétition s’est trouvée relayée en très peu de temps par un grand nombre de sites et journaux d’informations, à juste raison. Et, pour une fois, elle semble avoir été entendue !

Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a pris connaissance de cette pétition et lui a répondu (et là aussi), le 13 mai dernier :

« La commission [qui sélectionne depuis 2002 les oeuvres au programme du baccalauréat] prend en compte plusieurs critères dans le choix des œuvres : des critères d’ordre littéraire et esthétique, la longueur des textes, l’accessibilité et la difficulté des œuvres pour les élèves de terminale dans la perspective de l’examen, les choix effectués les années précédentes pour varier les approches (genres et périodes).

La ministre souhaite que désormais la place respective des auteures et des auteurs soit ajoutée à ces critères afin que les œuvres des auteures femmes puissent être étudiées. Un travail de sensibilisation sera par ailleurs mené afin que ce critère soit aussi retenu dans le choix des textes sélectionnés pour les sujets d’examens. »

Une réponse positive qui fait plaisir à voir !

Il y a encore des efforts à faire, et au moins une année à attendre, pour voir au moins un changement concret. En espérant que Najat Vallaud-Belkacem tienne sa promesse d’ici 2018.

 

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Un commentaire sur “Auteures, autrices, femmes de lettres : on en parle !

  1. lespagesdesam
    22 mai 2016

    Ce qui m’a souvent impressionné lorsque j’étais étudiante et même lycéenne c’est que la donnée du sexe de l’auteur n’est pas un argument lorsqu’il s’agit d’un auteur alors qu’il l’est si c’est un auteure. Pourquoi le sexe de l’auteur doit-il être un critère d’analyse/d’explication si l’on tend à une « égalité des sexes » et à une égale représentation dans le cercle littéraire ? Il y a effectivement du travail.

    Aimé par 2 people

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Cette entrée a été publiée le 22 mai 2016 par dans Culture, littérature et société, et est taguée , .
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