Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Holden, mon frère

Fuyant le froid et l’ennui par interdiction maternelle de traîner chez lui, Kévin se retrouve bien malgré lui à franchir les portes de la bibliothèque. Les livres, la culture, tout ça, sont à des années lumières de la famille Pouchin. Les voitures, les muscles, les blagues et les filles sont portés comme étendards de réussite, et dévier de cette norme-là c’est risquer le courroux paternel – encore faudrait-il qu’il soit revenu – et entrer dans la catégorie chochotte du lycée. Ambiance.
Kévin n’avait pas prévu d’y séjourner ; et encore moins d’y retourner, le reste des vacances. D’y côtoyer l’insupportable Laurie, première de la classe, ni une mamie des plus énergique, capable de mettre de force un livre dans ses mains – et de le lui faire aimer. Car Holden, héros de L’Attrape-coeur, et bien moins nunuche et plus proche de lui qu’il ne l’aurait cru.

Voilà un roman particulier, une lettre d’amour à la lecture, que j’ai particulièrement apprécié sans pourtant en oublier les défauts.

Les points positifs d’abord, et ils sont nombreux :

Kévin, notre héros et narrateur qui n’a pas la langue dans sa poche pour nous parler de son monde – sans pour autant être suicidaire en exprimant sa pensée devant les Pimpette et compagnie aux poings chatouilleux. Le ton qu’il donne au roman est particulièrement délicieux, dans sa description de son monde et de son entrée forcée dans celui de la Littérature (avec un grand L), jusqu’aux titres à l’eau de rose interchangeables qu’il peut trouver à L’Attrape-coeur. Il est drôle, et lucide, et touchant, capable de se mettre dans des situations pas possible pour ce qui nous paraît être pas grand chose.

Irène, mamie volcanique, ancienne directrice de bibliothèque qui a ses idées bien arrêtées sur la culture que l’on devrait avoir. Attachante et irascible (oui c’est possible), une amie que l’on attendrait pas mais particulièrement solide.

Cette ode aux livres, aux histoires qui transportent et ouvrent les yeux sur le monde, qui aident à la découverte, à l’identification, et font voyager.

La construction même du roman m’a plu – ce n’est pas pour rien que je l’ai dévoré.

J’ai découvert ainsi un autre monde, où le livre n’a pas sa place, quelque chose que j’ai bien du mal à imaginer. Mais là aussi est ma critique : n’est-ce pas une caricature de ce monde là ? (Peut être que non, et que c’est juste moi qui ai du mal à le comprendre)

Si le livre est portée aux nues, presque magique dans sa capacité à changer quelqu’un, il garde dans Holden, mon frère son côté sacralisé : à en croire Irène, qui a dirigé (probablement d’un bras de fer) les acquisitions de sa bibliothèque pendant des années, il y a les bons et les mauvais livres. La belle littérature et les histoires poubelles. Un message que j’apprécie peu ; car si oui, tous les livres n’ont pas le même vocabulaire, le même travail, le même ton, ils n’ont pas non plus le même public. Tout le monde doit pouvoir trouver son compte, et lire de la “grande littérature” comme du roman “à l’eau de rose” si cela lui chante. Et si la littérature moins “prestigieuse” peut ouvrir l’intérêt de ceux qui ne se sentent pas concernés par la messe du livre, n’a-t-elle pas toute sa place aussi, parmi les collections ? Ou continue-t-on à accueillir en bibliothèque uniquement les initiés ?

Et si

Holden, mon frère

célèbre l’ouverture à la lecture d’un jeune homme dont la catégorie sociale n’y semblait pas destinée, à qui s’adresse-t-il ?… aux habitués de la lecture, qui aiment déjà lire. Car son écriture, sa construction, et même son vocabulaire ne sont pas à la portée du premier lecteur venu – du moins, il trouvera difficilement sa place entre les mains de quelqu’un que la lecture rebute.

Kévin, au moins, aura réussi à franchir le cap de la bibliothèque, et trouver sa place parmi ses livres, un peu par hasard et un peu guidé, pour y trouver des histoires qui lui parlent, vraiment. De quoi ravir le coeur des amoureux des livres, et c’est écrit avec une si belle plume et un ton plein d’humour qu’on est transporté.

Holden, mon frère
Fanny Chiarello
Ecole des Loisirs, 2012
réédition 2015
(Médium)

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Cette entrée a été publiée le 29 mai 2016 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , .
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