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Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Cité 19 Tome 2 : Zone blanche

Le premier tome de Cité 19 m’avait laissé particulièrement mitigée. Il était à la fois prenant, imaginatif, haletant, et bancal, inégal, avec des personnages de peu d’intérêt. Même si son héroïne m’avait laissée de marbre, il y avait assez de bonnes idées pour que je cherche à découvrir la conclusion de sa bien étrange histoire.

Alors, verdict ?

(Attention, ici ça SPOILE le premier tome – et peut-être un peu le second)

Hé bien, malgré un excellent départ et des personnages qui ont évolué pour le meilleur, je ne suis toujours pas convaincue – bien au contraire.

Lors du premier tome, nous avions eu la surprise de découvrir – à l’insu du personnage principal -, que ce Paris du XIXe siècle dans lequel elle se retrouve plongé bien malgré elle n’est qu’une illusion, un rêve grandeur nature, un simulateur ultra-performant dans lequel de nombreux cobaye plus ou moins consentants sont plongés. Faustine, pour survivre à cette société parisienne qui est peu clémente pour les femmes (qui n’ont alors aucun espoir d’émancipation), devient Faustin. Elle se grime et entre tellement dans son personnage qu’elle le devient. Plus qu’une confusion des genres, se sont ses sentiments qui se retrouvent chamboulés. Et c’était une sacrément bonne idée, bien réalisée et intrigante ! Mais nullement explorée.

Faustine, partie à la recherche de son père, qu’elle souhaite retrouver coûte que coûte, se retrouve embarquée sous les traits de Faustin dans une quête contre un tueur en série particulièrement dangereux, dont les crimes ont plus à voir de l’animal que de l’humain.

Et dans un Paris du passé qui semble jongler entre plusieurs décennies, c’est aussi une course contre le temps qui se joue, à la veille des terribles confrontations qui ont signé la fin du Second Empire…

Là encore, il y avait là de très bon éléments pour construire une histoire riche. Mais à force de proposer des fils conducteurs multiples, l’intrigue ne tient plus : trop de choses se passent en même temps, qui ne sont pas aussi développées qu’elles auraient mérité de l’être, et au final on a bien du mal à s’y retrouver. Toute l’intrigue autour des véritables desseins de Zapruder, le cerveau de cette expérience, manque de consistance. Le père de Faustine, départ de toute l’histoire, est bien vite oublié. Les Veilleurs ? ne sont qu’un pivot amenant à un nouveau rebondissement. Et rien, dans les actions de Faustine, ne justifie la place qu’elle va prendre dans Cité 19. On est sensé croire qu’elle, qui n’a atterri dans l’expérience que par erreur, est sensée être la raison même pour laquelle le simulateur a été créé ?

Les soi-disant meilleurs amis de Faustine, venus la rejoindre – toujours par erreur – dans Cité 19, n’auront été d’aucune utilité. Et sont toujours aussi détestables.

Il y avait de nombreux éléments intéressant dans Cité 19, qui auraient pu faire sortir cette histoire du lot. Le parti pris, de faire découvrir un Paris du XIXe siècle, dont la date précise n’est jamais définie – permettant d’y faire cohabiter des avancées technologiques de différentes décennies, et ajoutant à la confusion des personnages, une intrigue révélant des surprises inattendues, l’introduction d’un meurtrier en série dont le modus operandi peut faire croire à l’oeuvre d’une bête ou d’un monstre particulièrement sanguinaire, la propre confusion de Faustine sur son identité… Il pouvait y avoir une grande richesse narrative derrière tout cela.

Pourtant, peut-être parce que l’auteur s’est lancé dans plusieurs idées en même temps, parce que les personnages et les points de vues se sont multipliés tout au long du récit, rien n’accroche vraiment. Des personnages apparaissent, pour faire avancer l’histoire, et disparaissent presque aussitôt. Il y a bien trop de chance et d’effet de Deus Ex Machina pour que l’ensemble reste crédible. Dès que la tension augmente et que la situation apparaît inextricable, le lecteur change de lieu. Au final, tout se passe au même moment et tout va trop vite – et le roman terminé, je ne sais toujours pas bien quel était le but de l’expérience et comment Faustine s’en est sortie. Il y a encore beaucoup de flou, et d’intrigues secondaires trop vite conclues.

Je suis d’autant plus déçue qu’il y avait tout les ingrédients pour pouvoir me plaire – et que tout est, systématiquement, tombé à côté.

Cité 19 Tome 2 : Zone blanche
Stéphane Michaka
Pocket jeunesse, 2016

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Cette entrée a été publiée le 3 juin 2016 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , , .
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