Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Songe à la douceur

Songe à la douceur

Tatiana a quatorze ans quand elle rencontre Eugène. Eugène a dix-sept ans, il est cynique, détaché du monde, et désabusé. Elle en tombe follement amoureuse.
Dix ans plus tard, ils se rencontrent de nouveau. Retrouvailles éclaires, inattendues. Ils ne s’étaient plus revus depuis ce fameux été, trop long, trop bref. Ceux qu’ils ont été et ceux qu’ils sont maintenant se télescopent de nouveau, en contretemps. Assez pour construire quelque chose de nouveau ?

Lorsque Tibo Bérard a présenté ce roman lors la présentation de la rentrée Sarbacane, à laquelle j’ai eu la chance d’assister, j’étais sceptique. Un roman qui adapte Eugène Onéguine, un classique de Pouchkine et un opéra de Tchaïkovski ? Dans un monde contemporain ? Et en vers libres qui plus est ? Malgré tous les éloges que j’ai pu entendre de Clémentine Beauvais comme romancière de talent, j’avais bien du mal à y croire. Surtout que les romances, ce n’est pas ce qui m’attire le plus en littérature.

Mais là…

Là, je ne peux dire le contraire : j’ai été séduite. Séduite par Tatiana à quatorze et vingt-quatre ans, Eugène à dix-sept et vingt-sept ans. Si différents, entre ces deux moments de leur vie, et pourtant en résonance. J’ai soupiré de leurs élans, bien trop juste et fort pour être mièvres. J’ai corné de nombreuses pages devant la plume de Clémentine Beauvais, j’en ai murmuré et lu des passages à haute voix, comme on savoure des poèmes. J’ai aimé sa tendresse pour ces deux personnages, qui n’ont pu alors, qui pourraient peut-être aujourd’hui si.

Je suis tombée amoureuse de cette histoire d’amour que Clémentine semble avoir porté en elle pendant longtemps, jusqu’à trouver la bonne voix pour nous la partager.

Comment en parler plus sans révéler quoi que ce soit ? Je ne suis même pas sûre de pouvoir justement rendre compte des styles d’écriture que l’on rencontre. Car entre poésie, théâtre, slam et prose, le texte joue, avec nous et avec les mots. La typographie et la mise en page elles-mêmes accompagnent la lecture, fluide et gracieuse de bout en bout – et si l’on revient sur certaines tournures de phrase et certains paragraphes, c’est pour en savourer la sonorité (et oui, elle carillonne toujours au deuxième et au troisième passage).

Tatiana, à quatorze ans, a toute la vie devant elle, la certitude que la vie sera belle, et entre deux lectures rêve d’une grande histoire. Tatiana, vingt-quatre ans, a un peu vécu, et parcouru les étapes, études après études, pour un métier qui la passionne. Eugène, dix-sept ans, contemple un monde dans lequel il est né trop tard, avec un spleen des anciens et un regard acéré sur le monde qui ne pardonne pas la moindre erreur des autres et sourit de ceux qui se pensent amoureux. Dix ans plus tard, il est rentré dans le rythme commun du travail, gagnant sa vie sa passion comme la majorité. Ses retrouvailles imprévue avec Tatiana qu’il avait oublié, font remonter en lui le souvenir de ce qu’il a été, et les sentiments traversés dix ans plus tôt…

Des personnages et une (des) voix formidable(s), pour une histoire d’amours d’une grande beauté qui vous marquera, pour longtemps… Chapeau et merci, Clémentine Beauvais.

Un coup de coeur !

A paraître le 24 août 2016

Songe à la douceur
Clémentine Beauvais
Sarbacane, 2016
(Exprim’)

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