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Critiques et avis sur la littérature jeunesse

George

George

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George sait qui elle est. Le problème, c’est d’arriver à le dire : je suis une fille ! vous n’y avez juste jamais fait attention. Alors quand son école prépare un spectacle, c’est peut être l’occasion rêvée de se présenter telle qu’elle s’est toujours vue, telle qu’elle a toujours été.

 

Ces deux dernières années ont été un remarquable bond en avant en terme de représentation des genres et sexualités dans la littérature jeunesse et pour ados. Après Sous la même étoile, Bichon, Le Secret de Grayson, Le Choix de Rudi, Je suis qui je suis, Buffalo Belle, et la réédition (attendue) de La Face cachée de Luna (devenu Cette fille c’était mon frère, nouveau titre qui m’a fait quelque peu grincer des dents), voilà George, à l’héroïne transgenre destinée aux 9-12 ans.

J’aurais aimé dire que ce roman était un sans faute, un coup de coeur d’exception ; ce n’est pas tout à fait le cas. Mais s’il n’est pas sans défaut, il reste un roman adapté à sa tranche d’âge, qui permettra peut-être une première introduction aux identités transgenre.

On découvre ici une jeune fille de primaire comme tant d’autres : qui a une meilleure amie, à la vie à la mort, qui s’intéresse à la mode, qui se chamaille avec son frère, devenu un ado et donc un être un peu étrange. Une différence pourtant, avec de nombreuses autres filles de son âge : pour l’instant, elle est la seule à savoir qu’elle est une fille.

Il n’y a pas ici de question sur qui ou ce qu’elle est : les questions qu’elle a pu se poser sont venues avant, et les recherches qui lui ont apporté les mots trans, transsexuelle et transgenre aussi. George en est à l’étape suivante : l’annonce. 

 

Dans les points positifs :

♦ c’est un roman plein d’espoirs, qui ne néglige pas les doutes ni les difficultés qu’une jeune fille trans peut rencontrer avant son coming-out

♦ l’histoire adaptée à la tranche d’âge ciblée

♦ la présence d’un vocabulaire un peu spécifique que l’auteur parvient bien à expliquer, sans lourdeurs de phrases

 

On peut lui reprocher des personnages reproduisant les clichés de genres : des filles qui aiment se faire belle, se maquiller, des garçons un peu crades, bagarreurs, des gentils face aux méchants, et rien entre les deux. Personnellement, je n’en ai pas été dérangée (alors que c’est le genre de chose capable de me faire rapidement lâcher une histoire prometteuse) ; parce que je comprend l’intention de l’auteur ici, de simplifier pour mieux faire comprendre, parce que l’on suit l’histoire au travers du regard de George, et à ces âges-là on est encore très égocentré, et que les autres sont avec ou contre nous ; il n’y a pas de demi-mesures. Parce qu’elle n’ose pas encore montrer qu’elle est une fille, elle se raccroche elle-même aux stéréotypes du genre auquel elle s’identifie (et sûrement qu’une fois qu’elle sera établie aux yeux de tous en tant que fille, elle se permettra plus de choses) (mais peut-être est-ce moi qui analyse trop loin ?)

Le roman est-il trop court, et trop centré sur la quête de George pour introduire des personnages secondaires ou d’arrière-plan plus nuancés ? Je vous laisse le soin de trancher.

Pour moi, cela reste tout de même un bon roman, accessible et sensible, qui devrait arriver à son but. Et l’espoir de lire plein d’autre romans ouverts aux genres, aux sexualités, aux trames complexes ou non, et sans questions d’âge pour commencer à en parler.

(Petit aparté, je ne sais pas vous, mais je trouve intéressant cette force présence du théâtre comme outil pour se découvrir et se présenter aux autres ; George rejoint dans cette lignée Le Secret de Grayson de Amy Polonsky, Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens de Becky Albertalli, En scène de Raina Telgemeier ou encore dans un registre tout autre Double je de Jean-Philippe Blondel, qui tous ont fait du théâtre un moyen de s’affirmer.)

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George
Alex Gino
Ecole des Loisirs, 2017

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6 commentaires sur “George

  1. malecturotheque
    27 avril 2017

    Je viens enfin de le recevoir, j’ai hâte de me faire mon propre avis =)

    Aimé par 1 personne

    • arcanesouvertes
      27 avril 2017

      Tu me diras ce que tu en penses 🙂

      J'aime

      • malecturotheque
        14 mai 2017

        Ca y est, j’ai fini de le lire !
        Les clichés de genre ne m’ont pas dérangée, et je ne les ai d’ailleurs pas trouvés aussi présents que ce à quoi je m’attendais. Il faut dire aussi que ce sont des clichés qui n’en sont pas vraiment, malheureusement (par exemple, George prend exemple sur ce qu’elle voit dans les magazines). Et pour les garçons, c’est surtout qu’il y en a un, mis en avant, qui est bagarreur, le frère qui aime les jeux vidéo… mais autrement, pour les autres, on ne peut pas dire que ce soit le cas (parce que justement ils ne sont pas très développés).
        Quand au manichéisme, il y a quand même l’ancien ami de George qui semble un peu nuancé, bien que ce ne soit pas dit clairement.
        Ce qui m’a fait bizarre, c’est quand, à la fin du roman, George osant enfin s’affirmer en tant que Melissa, la narration parle toujours de George. Mais bon, c’est pour ne pas perdre les enfants j’imagine.

        Globalement, j’ai aimé ce roman, je l’ai trouvé bon =)

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      • arcanesouvertes
        14 mai 2017

        Oui, j’attribue ces défauts au public visé ; dans un roman plus long, pour les plus gros lecteurs, les personnages secondaires auraient sûrement été plus développés, apportant plus de nuances à l’histoire.
        Je ne me souviens pas avoir relevé que la narration gardait le nom de George à la fin ; après, je ne me souviens plus si Melissa se présente à tout le monde sous son nom, ou juste à ses proches ? C’est vrai que c’est dommage.
        Je suis contente que le roman t’ait plu en tout cas !

        Aimé par 1 personne

      • malecturotheque
        15 mai 2017

        George se présente sous le nom de Melissa uniquement à Kelly, et peut-être à sa mère et son frère, je ne sais plus… En tout cas, Kelly l’appelle Melissa lors de la sortie au zoo, mais après ça redevient George. Cela dit, je pense vraiment que c’était pour simplifier, car en effet le public visé est jeune.

        Aimé par 1 personne

  2. Pingback: C’est le 1er mai, je balance tout ! – Des livres et les mots

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Cette entrée a été publiée le 26 avril 2017 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , , , .
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