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Critiques et avis sur la littérature jeunesse

La Faucheuse

La Faucheuse

 

On ne compte plus les années, depuis que l’humanité a réussi à s’affranchir de sa pire épreuve : la mort. La vieillesse se corrige autant qu’on le souhaite, les maladies n’existent plus, les blessures ne dure qu’un instant, et la mort est instantanément réversible. La politique comme la corruption sont de l’histoire ancienne, depuis que le Thunderbird s’occupent avec bienveillance des besoins de tous.
Pour palier à l’augmentation toujours croissante de la population a été créé l’ordre des Faucheurs : un corps de métier aussi indispensable que craint, les seuls autorisés – et obligés – à donner la mort… définitivement.

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Avec un concept pareil, pas étonnant que ce roman ait autant retenu l’attention des lecteurs. Des romans futuristes qui abordent la fin de la mortalité, j’en ai déjà rencontrés (dont l’excellent La Déclaration de Gemma Malley, dont il faudrait que je termine la trilogie un jour), mais qui pallient aux problèmes de surpopulation d’une telle façon, jamais !

C’est là ce qui fait toute l’originalité de La Faucheuse. Il n’y a pas le moindre conflit dans la population, rien de bien méchant en tout cas. La corruption, l’envie de pouvoirs ont disparu, la vie éternelle, obtenue depuis bien deux cent ans n’est pas contestée et ne pose pas vraiment de problème, les gens vivent sinon heureux au moins hors du besoin et avec contentement, les naissances continuent, les inégalités ont disparues. Et le Thunderbird, entre méga ordinateur et intelligence artificielle qui permet tout cela, est loin d’être une entité maléfique qui prend le pouvoir, bien loin de Skynet et ses homologues. Tout du moins, si ces problèmes existent, nous ne les croisons pas et ils n’influent pas sur l’histoire. Non : ce qui nous intéresse vraiment ici, c’est le rôle des Faucheurs, leur existence, les règles qu’ils se sont fixés. Entre horreur et fascination au départ, ce qui pour nous relève du crime – non, du meurtre – apparaît nécessaire, difficile mais justifié, et le glanage – acte de prendre la vie d’un homme par un faucheur – finit par prendre pour le lecteur tout son sens.

Nous suivons Citra et Rowan, deux adolescents devenu apprentis Faucheurs bien malgré eux, de leur recrutement par Maître Faraday à leurs épreuves pour devenir des Faucheurs à part entière. Nous suivons leurs peurs, leurs doutes, leur résolution, dans un monde qui se révèle plus fascinant et plus complexe que la simple obligation de glaner pour le bien commun. Et comme dans toute société, rien n’est parfait ; même ceux qui ont l’obligation d’être plus exemplaires que tous les autres ne sont pas sans vanité, sans faiblesses, et c’est ce que nous verrons à travers eux.

C’est étrange : alors qu’au cours du roman, qui a mis du temps à me passionner, je pensais avoir entre les mains un bon récit qui s’oublierait assez facilement, j’ai finalement énormément de choses à dire ; et je crois que cette histoire restera un petit moment dans un coin de la tête.

Si ce n’est pas un coup de coeur, La Faucheuse fut bien construit, extrêmement intéressant et plus complexe que je ne l’avais pensé. A côté des deux jeunes gens qui vont évoluer à part du reste de la société, confrontés à leurs résolutions qui s’étiolent, leurs certitudes qui dévient.

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La Faucheuse
Neal Shusterman
Robert Laffont, 2017

 

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Cette entrée a été publiée le 23 mai 2017 par dans Critiques, et est taguée , , , , .
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