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Critiques et avis sur la littérature jeunesse

La Servante écarlate

La Servante Écarlate

Pour faire face à la chute drastique de la natalité, la société s’est entièrement réorganisée. Chacun a sa place, et dans la maisonnée, la Servante écarlate a la tâche la plus précieuse : celle d’accueillir en son ventre l’enfant de l’Époux, quand l’Épouse n’a pas su le lui donner. Dans la tranquillité de sa chambre spartiate où rien ne pourrait la blesser, Defred utilise ses longs moments de solitude pour se souvenir : de son passé, du doux temps d’avant, de qui elle était. Quand elle avait le droit de lire et de choisir pour elle-même.

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Dire que La Servante écarlate a été un choc serait exagérer. Mais cette lecture, conduite par une plume percutante, est non seulement marquante mais d’utilité publique. Ce n’est pas un choc, car rien n’y est vraiment surprenant, parce que tout est crédibleet pire, probable. Parce que cette société dystopique n’est pas un futur lointain ou un tout autre monde, mais quelque chose qui pourrait très bien nous arriver. Et c’est glaçant.

On ne peut oublier tout au long de notre lecture que cette société oppressée dérive de la notre. Que quelques années seulement avant le début du récit, moins d’une décennie, les femmes et les hommes vivaient comme nous ; pas de façon égalitaire certes – il y a toujours des choses à faire, des oppressions à combattre, une juste répartition des tâches à établir partout -, mais avec la liberté de parler, de sortir, de travailler selon les choix de chacun. Qu’il est si facile, si rapide de tomber dans l’extrême, dans l’indifférence ou presque, jusqu’à ce que l’on se réveille et il est déjà trop tard.

Tout cela, on le comprend à demi-mots tout au long du récit de Defred. Servante écarlate, vêtue de son habit rouge – uniforme et signe de sa place dans cette nouvelle société -, elle entre dans une nouvelle maisonnée avec l’espoir de réussir sa fonction : donner un bébé au maître et à la maîtresse de maison. Car c’est là sa dernière chance.

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Oui, le récit glace. On ne peut qu’avoir peur devant ce qui est pour la narratrice une fatalité, le seul futur qui lui soit possible. Il n’y a pas de combats, de luttes possible. Juste le nouveau quotidien, le même rythme lent, plein de vide et d’attente. Un nouveau mois, l’espoir de la procréation libératrice, la différence d’avec les autres personnes de la maisonnée. Voilà ce qui arrive, lorsque l’on perd le contrôle de sa vie, de ses pensées et de son corps.

Ce qui est le plus fou, peut être dans ce roman, c’est à quel point il est actuel, vingt ans plus tard. A quel point il n’a pas pris une ride, et est même devenu prophétique. Ne revient-on pas encore sur nos libertés une fois les avoir si chèrement acquises ? Ne continue-t-on pas à priver certaines catégories de la population, même dans nos pays si ironiquement appelés des droits de l’homme, du pouvoir de décision sur leur propre corps, au nom du pouvoir, de la religion ou du bien de la société ? Sans oublier la croissance des problèmes de santé liés à la pollution et aux produits chimiques.

Oui vraiment la Servante écarlate est glaçante de vérité.

Et un récit d’autant plus nécessaire aujourd’hui.

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Et pour ceux qui se poseraient la question : oui, j’ai vu la série. Que je trouve superbement bien exécutée d’ailleurs, et que je conseille très vivement. Je suis heureuse d’avoir lu le roman avant de la découvrir ; je pense qu’il m’aurait moins marqué dans l’autre sens. Car la série est une excellente adaptation, qui se permet de reprendre la moelle du roman pour aller plus loin,  offrir à cette histoire un rythme qui convient mieux au découpage et au rythme particuliers à ce format.

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La Servante Écarlate
Margaret Atwood
traduit de l’anglais par Sylviane Rué
Laffont, 2015
première édition française : 1987
(Pavillons poche)

 

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3 commentaires sur “La Servante écarlate

  1. latourneedelivres
    12 septembre 2017

    Aha, je vois que je n’étais pas la seule à le lire ces derniers temps 😉

    Très bonne chronique en tout cas !

    J'aime

    • arcanesouvertes
      12 septembre 2017

      Je crois que la série lui a donné un regain d’intérêt 🙂 Et pour ceux qui l’avaient déjà dans leur PAL, une bonne raison de le lire.
      Merci !

      Aimé par 1 personne

  2. Shaya
    13 septembre 2017

    C’est un roman vraiment très très bon. Et la série aussi.

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 12 septembre 2017 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , , .
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