Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

La Loi du Phajaan

La Loi du phajaan

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

« Cette insoumission, je crois qu’on la porte en son coeur ; elle n’est pas enseignée. De tous les gens de notre village, je suis le seul à avoir dit non. Mais c’est le plus important, le plus sacré de tous les devoirs d’un être humain : savoir refuser de faire quelque chose d’indigne, surtout si cela blesse un autre dans sa chair, ainsi que dans son esprit. Et si on a eu la faiblesse de faillir tout de même – par peur de l’autorité, par crainte des représailles ou par simple désir de ne pas déplaire – il faut cesser aussi vite que possible, plutôt que de se dire : « puisque j’ai commencé, autant continuer ».

On peut toujours arrêter le processus ; on n’est pas prisonnier du mal. »

Cet extrait, ce n’était que la quatrième page de ce roman fabuleux.

Et j’étais déjà conquise.

Je ne pensais pas le lire pourtant ce roman. Le sujet a priori ne m’intéressait pas. Mais il traînait là, sur le canapé, et j’avais besoin d’une pause dans ma lecture des Insoumis dont la tension me prenait à la gorge. Et il était dans la sélection finale du prix Vendredi, j’étais curieuse. Surtout, c’est un Jean-François Chabas, dont chacun des romans m’a titillé les yeux, avec sa finesse, sa justesse, et sa poésie des mots.

Preuve s’il le fallait que la littérature jeunesse fait bouger les âmes de ses mots, qu’elle possède un talent littéraire certain, une capacité d’accroche et un pouvoir d’empathie et d’immersion que la littérature générale peut bien lui envier.

La Loi du Phajaan m’a émue. M’a marquée. Surtout, il m’a appris. Il m’a appris l’humanité de ces nobles géants, qui fascinent. Il m’a montré ce regard, si sensible, si sincère. Il m’a appris la cruauté que l’homme est capable d’employer, pour faire plier ces grandes bêtes à ses désirs, bêtes de travail et bêtes de foires.

La Loi du Phajaan m’a aussi appris qu’il ne faut pas laisser passer un étincelle de révolte, quand elle survient en nous. Qu’il ne faut pas laisser une cruauté ou une injustice passer, parce que personne ne le fait, parce qu’on serait le premier, parce que c’est une habitude, une tradition, que tout le monde perpétue. Qu’il faut oser dire, et agir ; peut-être pas la première fois, si c’est trop dur. Mais peut-être la deuxième. Surtout, briser l’engrenage. Pour que d’autres puissent le faire à leur tour.

Ça vaut bien toutes les leçons du monde.

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La Loi du Phajaan
Jean-François Chabas
Didier jeunesse, 2017

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