Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Ma vie de Bacha Posh

Ma vie de Bacha Posh

Suite au malheureux accident de son père, la famille d’Obayda a dû quitter la capitale pour retourner au village natal de celui-ci. Mais le déménagement n’est pas le seul changement qui s’annonce pour la jeune fille. Pour tenter de remonter le moral de son père, et apporter de la chance à la famille, il leur faudrait un garçon. Obayda est choisie par sa tante : elle sera une Bacha Posh.

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J’avais déjà entendu parler des Bacha Posh, ces jeunes filles afghanes choisies dans une famille sans garçon pour endosser un rôle masculin tant que leur apparence le leur permet – tant que la puberté n’a pas encore pointé le bout de son nez. Ces Bacha Posh accèdent par leur statut à plus de libertés que leurs soeurs : éduqués comme des garçons, ils peuvent plus facilement accéder à l’éducation, sortir dans la rue sans être accompagnés, jouer. N’ayant jamais pris le temps de creuser un peu plus la question, j’étais très curieuse de commencer Ma vie de Bacha Posh, un roman qui – en plus de traiter d’un sujet peu commun pour moi – s’adressait à un jeune public.

Verdict ?

Ma vie de Bacha Posh a été une belle découverte : intéressant, riche d’informations sur un pays et des coutumes que je ne connais que de loin, tout en restant une fiction prenante et accessible à un jeune public. Nadia Hashimi a pris le temps de présenter une communauté pleines de contrastes. Où certaines familles n’acceptent pas que leurs filles aillent à l’école quand d’autres prône une éducation pour tous et toutes. Où certains enfants doivent travailler tôt pour soutenir leur famille. Où les libertés de chacun sont plus ou moins réglées par les traditions.

J’ai appris beaucoup de choses, certes, mais je me suis surtout attachée à Obayd, un peu perdu dans son nouveau rôle, qui se sent responsable de la blessure de son père, qu’il aimerait voir revivre comme avant. Obayd qui doit apprendre à être un garçon après dix ans de vie comme une fille. Qui découvre des contraintes qu’il n’a plus à subir et une nouvelle liberté, où tout devient possible.

Il n’y a pas de jugement dans la plume de Nadia Hashimi, mais un beau talent d’écrivaine, qui déroule un récit plein de vie. Ses personnages sont variés, ses femmes de caractère, ses enfants débordant d’énergie et de courage, ses amitiés fortes et belles. On les suit avec grand plaisir, même quand certaines questions restent en suspens.

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J’ai trouvé la transformation d’Obayda en Obayd fascinante – et celle-ci m’a apporté encore plus de questions.

L’existence des Bacha Posh soulève un étrange contradiction. Celle qui érige les garçons comme seuls personnes capables, de penser, d’agir, de travailler – avec plus de droits et de libertés que n’en auront jamais les filles. Alors qu’il suffit à une fille de se couper les cheveux et de porter des pantalons pour être acceptée par tous avec les mêmes égards qu’un garçon, même quand leur statut de Bacha Posh est découvert. Preuve s’il le fallait que tout cela ce n’est vraiment pas une question de nature mais de sociabilisation, et que la différence entre filles et garçons (au delà des aspects biologiques) est bien dans leur comportement, autorisé (et encouragé) par la société.

Mais que deviennent ces Bacha Posh, quand la puberté s’en mêle et que le subterfuge n’est plus possible ? Quelle perception d’eux-mêmes (d’elles-mêmes ?) ont-ils (elles?) ? Se sentent-ils filles grimées en garçons, ou garçons avec des attributs féminins ? Doivent-ils et peuvent-ils renoncer à leurs libertés gagnées ? Peuvent-ils rester, indéfiniment et à jamais, Bacha Posh ?

Ce roman effleure la question et n’en apporte qu’une réponse, liée à une situation spécifique.

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Ma vie de Bacha Posh me rappelle Parvana, une enfance en Afghanistan de Deborah Ellis, roman dévoré quand j’avais douze ans et qui m’avait beaucoup marquée. Les contraintes pesant sur les deux enfants ne sont pas les mêmes, tout comme les raisons de leur transformation. Leurs récits ont dix ans d’écart – et dix ans, c’est énorme et très peu pour une société qui a connu autant de conflits ces dernières années.

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Ma vie de Bacha Posh
Nadia Hashimi
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Ghez
Castelmore, 2017

4 commentaires sur “Ma vie de Bacha Posh

  1. Shaya
    27 novembre 2017

    Si tu veux lire sur le même sujet en plus approfondi, La Perle et la Coquille (de Nadia Hashimi toujours), est très chouette, plus adulte et plus difficile aussi en conséquence 🙂

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  2. Des livres et les mots
    5 décembre 2017

    J’avais adoré Si la lune éclaire nos pas de Nadia Hashimi et je comptais bien me replonger dans l’un de ses romans, ce sera définitivement celui-ci qui a l’air particulièrement intéressant ! Merci pour cette chronique 🙂

    J'aime

    • arcanesouvertes
      5 décembre 2017

      De rien !
      De ce qu’on m’en a dit, les deux romans sont destinés à des publics d’âges assez différents. J’espère que sa plume jeunesse te plaira tout autant !

      Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 26 novembre 2017 par dans Critiques, et est taguée , , , , , , .
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