Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

La Lune est à nous

La Lune est à nous

 

Olivia organise sa vie entre le Dépôt, ses amis, son compte Instagram  Curvy Grace qui collectionne un bon nombre d’abonnés, et bientôt une chaîne Youtube populaire qui vient de la recruter. Max s’apprête à faire face à un nouveau lycée, dans un nouveau pays – certes, francophone, mais tout de même -, suite au divorce de ses parents. Elle est sociable et touche à tout, il est plutôt renfermé et mal dans sa peau. Ils n’auraient, a priori, aucune raison de se rencontrer, si ce n’est un détail que le monde n’est pas prêt de leur faire oublier : ils sont loin des canons de beauté habituels. En d’autres termes, ils sont gros. Et connaissent les mêmes remarques perfides, les mêmes jugements d’apparence, les mêmes méchancetés gratuites. Alors, leur première rencontre est comme une reconnaissance instantanée, celle de quelqu’un d’autre qui les comprend, en profondeur.
Plutôt que de se laisser mettre à terre sans rien dire, à deux ils sont prêts à bouger des montagnes, et même – pourquoi pas ? – à décrocher la lune.

Je ne connaissais de Cindy Van Wilder que sa première série à succès (et encore, uniquement le premier tome), que j’avais trouvé aussi intéressant que laborieux. Loin d’un univers aussi fouillé qui alternait entre un passé sombre et un présent mystérieux, nous mettons cette fois-ci les pieds dans un monde bien connu : le nôtre, à notre époque, en Belgique. Nous y retrouvons deux ados qui tentent de se sentir bien dans leurs baskets, malgré un départ difficile pour qui vit dans notre société pleine de jugement : l’une est noire et grosse, l’autre est gros et gay encore dans le placard. Si certains pourraient voir leur point commun comme raison d’une idylle, c’est surtout leur expérience partagée qui tisse une compréhension entre eux. Et ce sont leur caractère et leur décision de rester debout droits sur leurs jambes qui les rapproche.

Il y a une fraîcheur et une vérité qui s’expriment dans ce roman, qui a quelque chose de salvateur. Il noue un lien avec nous, comme un ami : drôle, confortable, capable de nous épauler et de nous comprendre. Cindy Van Wilder parvient à nous parler de corps, d’origine, de famille, de religion, de sexualité et de harcèlement, d’une façon naturelle et simple – et bien plus efficace que la meilleure des leçons moralisatrices qu’on sert avec plus ou moins de brio aux ados. Et tout est dans le détail : comment Olivia a réussi à apprivoiser son corps et ses formes, la force de la colère de Max contre sa mère, qui le déracine et l’éloigne de son père – certes peu présent mais important pour lui. Quel roman avant celui-ci a aussi bien su me parler de cheveux crépu ? C’est bien simple : aucun.

J’ai vraiment été entraînée par l’intrigue, et par les personnages (tous aussi attachants les uns que les autres). On frissonne un peu, on s’inquiète, on s’implique pour eux, et on prie très fort pour un happy end. Je vous laisse vous émerveiller aussi pour cette petite merveille d’amour : lisez-le, ça fait du bien au coeur.

La Lune est à nous
Cindy Van Wilder
Scrineo, 2017

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