Arcanes Ouvertes

Critiques et avis sur la littérature jeunesse

Thornhill

Thornhill, Pam Smy

Thornhill

 

Une nouvelle famille emménage à côté de Thornill, un vieil orphelinat inhabité depuis trente ans. Pourtant, une présence semble roder encore entre ses murs sombres. Thornhill a encore une histoire à raconter, l’histoire d’une tristesse, d’une solitude et d’un drame.

Thornhill est remarquable en premier lieu pour sa forme. Un gros pavé, couverture cartonnée et reliure solide, pages teintées de noires. Mais c’est son processus de narration qui vaut réellement le détour. L’histoire est construite autour d’un double récit : le journal intime d’une jeune fille, qui raconte ses peines jour après jour, et le quotidien de la nouvelle venue dans la maison voisine, tout en images qui ont beaucoup à dire.

Dès le départ, le ton est donnée : quelque chose de terrible a eu lieu, et certainement ce drame hante encore la maison abandonnée et ses répercussions se font encore sentir. Assurément, tout cela va mal finir.

Les pages du journal de Mary sont dures. On sent son mal-être, la violence de ce qu’elle subit : pas de simples brimades, mais du harcèlement pur et simple d’une autre jeune fille de l’orphelinat dont elle ne parvient même pas à dire le nom. Mary écrit, parce qu’elle ne parvient pas à parler : les mots se coincent dans la gorge. Protégée dans sa chambre, elle construit son univers : des poupées, minutieusement modelées, à partir de romans qui l’ont passionnée.

Côté illustrations, elles ont beaucoup de choses à nous dire. L’ambiance est sombre là aussi : la présence de Thornhill, bâtisse décrépite et envahie par les mauvaises herbes, se fait sentir dans toutes les pages. Toujours là, dans un coin. Magnétique. Pour Ella, dont on sent que la solitude pèse, c’est presque une bénédiction. Une curiosité, une mission, un nouvel attrait, qui donne du sel à son quotidien solitaire.

Les pages dessinées ont presque plus de choses à nous dire que l’écrit, et ce procédé d’écriture est toujours aussi fascinant pour moi.

Pam Smy est confrontée à un illustre prédécesseur : Brian Selznic, qui réalise depuis quelques années déjà des romans avec ce double procédé d’écriture, mêlant passé et présent et dessin et écrit. Le dessin cependant est très différent. Là où Brian Selznic est dans le crayon détaillé et le dessin hyper réaliste, Pam Smy s’approche d’une plume plus brute, nerveuse, torturée, gothique, qui sied tout à fait à l’ambiance du récit.

On n’est pas, comme on pourrait le croire, dans un roman d’horreur. C’est un drame, qui reprend des codes horrifiques pour faire monter la tension, jouer sur la pression, nous plonger dans l’attente de la suite. Et c’est tout à fait réussi.

Thornhill
Pam Smy
Rouergue, 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Follow Arcanes Ouvertes on WordPress.com
%d blogueurs aiment cette page :